Android, système maudit ou bienfaiteur de l’humanité?


A l’utilisation de mon iPhone 4S et de mon Galaxy S2, puis à la lecture de plusieurs articles, dont deux de bonne facture malgré leur pris-parti évident (liens en bas de cet article) je me suis posé la question citée en titre de ce billet. Une interrogation qui résume bien la dualité de la position d’Android. Tiraillé et attaqué par ses concurrents, Apple en tête, tout autant que sauveur des constructeurs alternatifs, Samsung pour ne pas le citer, qui voyaient la déferlante iPhone grignoter leurs parts de marché sans trouver de parade efficace.

A croire certains, Android approcherait de l’échec, à en entendre d’autre, Android aurait libéré le monde du joug monopolistique d’Apple. Et ils ont les deux raisons, le système de Google est à la croisée des chemins et ni Gartner (et ses prophéties de plus en plus erronées dans ce domaine) ni la constellation de journalistes envoûtés par Apple, pas plus que les financiers qui n’ont rien à faire du monde réel,  pourront dire de quoi demain sera fait. En revanche, on peut essayer de bien comprendre où nous en sommes aujourd’hui.

La source du problème: Apple

La firme de Cupertino a révolutionné le Smartphone comme jamais nous aurions pu  l’imaginer. Steve Jobs le visionnaire, génie du business model et du marketing, a nucléarisé le monde de la mobilité en présentant, il y a cinq ans déjà, son iPhone. AppStore, tactile revu et corrigé, ergonomie révolutionnaire, design, canaux de vente: tout a été pensé dans les moindres détails, même ses modèles d’affaires et de revenus étaient révolutionnaires, ne laissant aucune chance à ses concurrents de l’époque.

Alors, où est le problème puisque le produit était presque parfait? Le problème est ce « presque » qui prend la forme d’un extrémisme monopolistique et dictatorial d’Apple: censure des applications qui desservent son image ou qui pourraient inciter des clients à aller voir ailleurs, diktat du revenue model, contrôle des applications (positif à la base) devenu une course à la fuite de revenus pour Apple, captivité de ses utilisateurs, aucune compatibilité avec les standards actuels (Bluetooth OBEX archi-limité ou plugin flash en exemple, à tord ou à raison) et on en passe.

En gros, dans un monde idéal à la Star Trek, où le seul but serait de progresser pour le bien de l’humanité, sans hésiter Apple aurait dû être imposé à l’humanité pour son bienfait et ses qualités (et un design parfaitement adapté à la série du même nom). Dans un monde capitaliste où l’argent est roi, Apple est devenu un monopole qui devrait être démantelé d’urgence tant il pourrait devenir un danger pour le reste de l’économie.

L’arrivée du super héros Google

C’est alors qu’est arrivé Google, société à la philosophie identique à Apple mais sur Internet, qui a rapidement pris conscience du danger: celui qui contrôle l’objet de diffusion contrôle à terme son contenu, et donc, la publicité, principal revenu de la firme de Mountain View. Peut-être alerté par les administrateurs de Google présents au conseil d’administration d’Apple (ou le contraire, nous ne le saurons jamais) Google avait racheté, en 2005 déjà, la société Android avec pour but de lancer son propre écosystème mobile.

Stratégie adoptée par Google? Un système gratuit et libre, une ouverture du marché des applications, une ergonomie dédiée aux geeks plus qu’à Madame tout-le-monde, des possibilités techniques plus poussées (vrai multitâche par exemple) mais au détriment de l’apparente puissance. Bref, presque de l’anti-Apple pur.

Mais surtout, Google a offert aux Sony, HTC, Motorola, Samsung et autres d’enfin avoir une arme avec laquelle attaquer la marque à la pomme qui semblait intouchable. Une stratégie qui s’est avérée rapidement gagnante et qui a surfé, il faut l’admettre, sur les portes ouvertes par Apple qui a préparé le terrain en « éduquant » les utilisateurs à cette nouvelle génération d’appareils.

La guerre est déclarée, et elle sera sanglante

Le produit est lancé, de même que la guerre avec Apple, dirigé par un Steve Jobs visionnaire mais à priori aussi fou que tyrannique (il suffit de lire sa biographie pour s’en rendre compte). Le gourou d’Apple connaît déjà les dangers du monde libre: il l’a déjà subit avec le Mac contre le PC. Il sait d’avance quel sera l’avenir de son iPhone avec un concurrent tel que Google en face.

Tous les coups deviennent permis, on éjecte tout d’abord les « espions » de tout bord des conseils d’administrations respectifs, on commence à faire des procès à tous ceux qui utilisent Android, et une première chez Apple, on attaque directement le concurrent en parlant de lui dans les keynotes: la fin du mythe « notre produit seul suffit, pas besoin de parler des concurrents ». Preuve s’il en fallait de la terreur que provoque Android chez la firme à la pomme! On peut d’ailleurs remarquer que depuis le début, la firme de Cupertino a été, dans sa très grande majorité, le principal instigateur de cette guerre contre Google, qui a très peu répondu et a peut-être fait preuve d’une certaine naïveté à ce niveau.

Android, ses forces sont ses faiblesses

Google, fidèle à son esprit de liberté totale (et à une stratégie bien définie à la base) ne donne que peu ou pas de lignes directrices, laissant apparaître des applications à la qualité et au design aux antipodes: horreurs ou grandes réussites, tout dépendant du talent du développeur. Puis, victime de son succès, Android commence à dévoiler ses faiblesses: le nombre d’appareils aux multiples caractéristiques (taille d’écran, processeurs, …) provoque le même problème que sur PC et sa difficile gestion du matériel. Un ensemble hétéroclite qui rend le développement de plus en plus difficile.

C’est triste mais on le sait: trop de liberté tue la liberté, et Android n’a pas échappé à la règle. Suite au problème cité au-dessus, les développeurs ont de moins en moins osé se lancer dans de gros développement pour éviter d’avoir des problèmes de compatibilités. Un comble quand on sait qu’Android est, d’un point de vue purement technique (même si cela reste relatif) supérieur à iOS.

Enfin, en plus du matériel, Google a laissé la porte libre aux constructeurs et opérateurs de faire ce qu’ils veulent d’Android: chacun peut ajouter sa couche pour le personnaliser, se démarquer, ou le brider, à choix. Provoquant un retard énorme dans les mises à jour du système, et donc, à ajouter un problème supplémentaire sur le dos des développeurs.

Liberté du matériel mis à part, la philosophie de développement (liberté totale, puissante technique au détriment de son ergonomie, problèmes des versions d’Android installées, …) rappellent l’Amiga face à Windows, pourtant techniquement largement supérieur au produit de Microsoft, mais pour lequel on connaît son triste destin…

Google, un adolescent qui gère mal sa croissance

Google est de la génération startup, et malgré sa taille, présente toutes les caractéristiques d’un adolescent qui n’a pas encore terminé sa mue: une énergie qui laisse ses compagnons plus adultes loin derrière, une capacité à se remettre de ses échecs comme si rien ne s’était passé, une inventivité sans limite, le tout sous l’apparente méconnaissance des règles qui régissent le monde et une vision encore naïve de son environnement, comme les adolescents dont les sentiments en font des êtres facilement déstabilisables. Malgré tout, Google reste un adolescent intelligent, loin d’être naïf à tous les niveaux, et avec des professeurs extrêmement doués en affaire derrière lui.

Pourtant, la firme de Mountain View donne l’impression d’avoir de plus en plus de mal à gérer sa croissance. Pris en tenaille entre ses principes, ceux du marché, et surtout, les craintes de ses concurrents, Google a très mal géré l’ascension d’Android et toutes les répercussions que cela engendrait. Comme une fuite en avant, les versions d’Android se suivent à un rythme effréné (vitesse que les constructeurs peinent à suivre) sans régler aucun des problèmes fondamentaux: ceux techniques cités plus haut, mais aussi les manques inimaginables dans le marketing, les coups d’essais dans tous les sens et sans suivis, le modèle d’affaires et de revenus très flous.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami

En effet, en plus d’avoir des problèmes internes, Google commence à avoir une très longue liste d’ennemis, dont la majorité est là par opportunité. Nous pourrions citer, entre autre:

  • Apple, qui voit Google comme la plus grande menace pour son environnement iOS.
  • Microsoft, qui a Google comme concurrent pour son Windows (Chrome), son moteur de recherche, son système de cartographie, son système mobile, son office (Google Docs) et même son Hotmail (Gmail). En gros, Apple paraît bien sympathique tout d’un coup.
  • RIM, qui constate qu’Apple n’avait pas autant écorné ses parts de marché que Google.
  • Et tous les autres qui profitent de cet instant de faiblesse pour attaquer le géant de Mountain View, par exemple Oracle pour ramasser quelques sous avec des brevets pour Java ou Facebook pour être sûr que Google+ ne viendra pas marcher sur ses plates-bandes.

Broyer du noir serait être aveugle

En effet, il ne faut pas non plus oublier qu’il y a foule derrière Android. Tout d’abord ses utilisateurs qui si, dans leur très grande majorité, resteront passifs en cas de conflit, n’en sont pas moins nombreux. Et certains sont aussi fanatiques que les aficionados d’Apple. Mais surtout, il y a les constructeurs, car c’est tout le contraire de ceux qui voient à court terme et qui s’imaginent que le petit bonhomme vert n’a pas aidé des Sony ou HTC. Je ne cite même pas Samsung car il est évident que c’est le plus grand vainqueur du monde Android.

Sony, pour ne citer qu’eux puisqu’ils en ont souvent parlé, ne critiquent pas le système de Google et ne remettent pas du tout en cause son modèle. Ils font preuve plutôt d’une gratitude envers Android pour leur avoir donné la possibilité de se concentrer sur ce qu’ils savaient faire: le matériel et l’expérience utilisateur. Ils ne se reprochent qu’à eux-mêmes d’avoir mal réussi ce point: la concurrence existe et Android, au contraire, met juste tout le monde au même niveau logiciel.

Ensuite le rachat par Google de Motorola et de centaines de brevets d’IBM (ainsi que d’autres actions passées ou en cours) est une préparation à une seconde étape dans l’évolution d’Android: la mise en commun des ressources pour mieux se défendre. Là encore, seuls, aucun constructeur n’aurait pu réussir de tels investissements.

Après, les développeurs, malgré tout, gagnent de l’argent avec Android, que ce soit par l’intermédiaire de ses dérivés (comme pour la Kindle Fire) ou la publicité. Car en comparant uniquement les ventes d’Android sur le Google Play et d’iOS sur l’AppStore, ce serait comme comparer le chiffre d’affaire d’un bar à vin avec les ventes de vins d’un restaurant traditionnel: l’un gagne TOUT son chiffre d’affaire avec la vente de vin, le second compense par d’autres boissons et de la nourriture. Je travaille dans ce domaine et je peux assurer que c’est le cas, empiriquement, et non sur des enquêtes dont on ne sait où sont tirés les chiffres. Même si je reconnais aisément qu’iOS rapporte plus en termes de nombre d’applications vendues.

N’oublions pas non plus que sur son concept, Android est plus sécurisé qu’iOS. Dans un cas, aucune application ne peut s’installer sans avertir l’utilisateur de toutes les fonctionnalités qu’elle va utiliser (pour peu qu’on ait le courage de les lire). Dans le second cas, celui d’Apple, il suffit qu’un des contrôleurs (humain pour rappel) loupe une faille de sécurité, ou ne comprenne pas le danger d’une fonctionnalité, pour que l’utilisateur soit à la merci d’un pirate, d’une application malveillante ou aspirant toutes ses données (plusieurs scandales récents le prouvent).

Enfin, tout simplement, si Android n’avait pas existé, les utilisateurs d’iOS en seraient peut-être encore à une version antédiluvienne, sans toutes les fonctionnalités plus ou moins directement inspirées d’Android. Et vice-versa. Peut-être que Microsoft serait resté concentré sur son Windows Phone 6. En aparté sur Windows Phone 7, ce que la firme de Redmond aurait peut-être dû faire quand on voit l’interface Metro et son succès mitigé malgré les milliards dépensés par Microsoft ou son nouveau compagnon à quatre pattes du nom de Nokia (sans remettre en cause l’aspect technique excellent du système).

Quoi qu’il en soit Android a apporté un renouveau de l’interface révolutionnaire amenée par Apple, a offert une bouée de sauvetage à de nombreux constructeurs et une source supplémentaire de revenus pour les développeurs. Sans compter, qu’au fond, Microsoft gagne plus d’argent avec Android que Google ou leur propre Windows Phone! Ils seraient bien idiots de complètement le couler.

En résumé

Avant de finir, résumons donc la situation en trois points:

  1. Google est puissant et comme tout puissant, a une liste d’ennemis longue comme le bras. Des ennemis qui s’allient car pour le moment la firme de Mountain View est leur adversaire commun;
  2. Android ne peut plus disparaître, par son nombre, par son environnement économique ou les partenaires qui en font partie;
  3. Enfin, Google fait plus d’erreurs internes que le marché en provoque.

En conclusion

Elle est simple: Google doit mettre en place plusieurs révolutions (selon une liste non exhaustive):

  • Mettre des lignes claires de développement permettant une standardisation de l’interface, une facilité pour les développeurs et la diminution des façons d’utiliser le système à bas-niveau;
  • Avec un développement un peu cadré, Google pourra séparer la mise à jour système de son interface, et donc permettre l’évolution du système plus uniformément et rapidement;
  • Forcer dans le contrat constructeur que les brevets touchant à Android soient mis dans un pot commun, permettant aux constructeurs utilisant Android de se protéger mutuellement des attaques des concurrents comme Apple;
  • Changer la licence d’Android pour empêcher des « forks » (ces versions alternatives d’Android comme celle du Kindle Fire) d’exister et de diluer les efforts des développeurs;
  • Fusionner Google Chrome avec Android, car il est évident qu’à terme, il y aura conflit entre les deux systèmes.

Android, Google, Apple ou iOS, personne n’est parfait, mais chacun doit exister car il correspond à des attentes de différents utilisateurs. Ils offrent chacun des fonctionnalités différentes et cette émulsion est saine. La concurrence a toujours existé et existera toujours, avec ou sans Android.

Mais surtout, et sans se faire d’illusions sur les buts mercantiles de Google, Android reste dans la droite ligne de cette informatique ouverte, comme on l’imaginait à ses débuts, et comme les premiers ordinateurs en kit, les Linux et autres champions du monde libre l’ont toujours défendus, et je l’espère, le défendront encore longtemps.

Alors oui, Android a réussi son pari d’ajouter une brique à la grande construction technologique, et de savoir s’il est maudit ou non, l’histoire est loin d’être terminée, et tout dépendra de Google plus que de tous les autres!

Liens

Trop de ferveur rend aveugle… Tant mieux pour Apple!


La ferveur autour d’Apple ne va-t-elle pas tuer Apple?

Quand on parle à une grande partie des utilisateurs fidèles de la maque à la pomme, on est témoin d’une véritable frénésie, les compliments ne manquent pas. A tord ou à raison, et jusqu’à aujourd’hui, nous pourrions plutôt dire à raison: un produit bien fabriqué, design, dont les qualités ne manquaient pas et qui, dans un certain sens, réussissait à chacun de ses changements de tenue, à révolutionner un peu le milieu technologique.

Mais est-ce que cet engouement qui, comme tout effet d’adoration, a tendance à occulter la réalité, n’aura pas à terme tendance à tirer Apple vers le bas? Est-ce qu’à force de pouvoir compter sur une base captive et parfois un peu naïve, le géant de Cupertino ne va pas s’endormir sur ses lauriers? Car l’iPhone 4S m’en donne un désagréable arrière-goût…

L’iPhone 4S, un coup de bluff dissimulé dans un gant en pelures de pomme…

L’iPhone 4S, un modèle qui se met à jour face à la concurrence (processeur, capteur photo, etc.) mais qui ne transcende absolument pas ce qui existe. Technologiquement du moins. On lui a bien adjoint une nouvelle version de son système d’exploitation, iOS 5, mais qui lui aussi, n’apporte pas grand-chose, ou pire, qui pour la majorité de ses nouveautés, est un simple rattrapage des concurrents existants (d’Android à Blackberry en passant par Windows Phone).

Il fallait donc bien trouver un moyen de convaincre la masse d’acquérir ce nouveau modèle, le rendre indispensable. Surtout quand on considère qu’encore une semaine avant la sortie du modèle 4S, les technofiles passionnés d’Apple, prétendaient encore que leur iPhone 4 était plus rapide que les téléphones double-cœur sous Android. Heureusement que la bêtise ne tue pas…

Mais alors comment le faire vendre?

La raison de son succès? Selon un sondage de ZDNet & Cie, dont il est dit qu’un de ses principaux bienfaiteurs ne serait rien d’autres qu’une petite pomme et qui expliquerait bien l’orientation de leurs articles, la majorité des gens l’achètent pour… Siri! LA nouveauté de l’iOS 5, disponible en exclusivité sur l’iPhone 4S.

Une véritable insulte à n’importe quel informaticien doté d’un minimum d’intelligence et qui se demandera pourquoi un service, dont le traitement se fait dans le Cloud, chez Apple, a besoin de la puissance d’un processeur double-core. Processeur qui se trouve aussi dans l’iPad mais qu’Apple a dépourvu de Siri! Enfin jusqu’à ce qu’ils aient vendus suffisamment d’iPhone 4S pour porter Siri sur leurs autres plateformes… et prétendre à une nouvelle révolution!

Siri, le meilleur investissement d’Apple en 2010!

Un système de reconnaissance vocale qu’Apple n’a même pas développé mais racheté à coup de millions, précipitamment quand ils ont appris que cette application, qui commençait à faire parler d’elle, allait se décliner en version Blackberry et Android. Mais Siri ne reste qu’un gadget qui fera fureur dans les soirées bobo où on cherchera à faire rire l’assemblée en lui posant les questions les plus saugrenues, mais que personne n’osera utiliser dans la rue, soit par le bruit ambiant qui empêchera une utilisation correcte, soit par confidentialité.

Eh bien, malgré cette véritable arnaque, appelée plus poliment un « argument marketing », Apple a réussit à vendre quatre millions d’iPhone 4S en quelques jours. Bien que ce chiffre ne m’impressionne guère, voire que je trouve faible au vu de l’augmentation des ventes globales d’iProduits et surtout, le nombre de pré-iPhone 4 encore en circulation.

A ce stade, on pourrait se demander pourquoi, mais oh grand Dieu pourquoi, est-ce qu’Apple devrait se remuer les méninges à sortir un produit plus performant alors qu’avec une simple présentation (ridicule face à celles de Steve Jobs par ailleurs), les ventes ne s’en sortent pas si mal?

En gros…

Quand une entreprise en est à ce stade, je trouve que cela donne un peu une impression de déclin (il y a tant d’exemples dans le milieu technologique qui ont eu le même parcours). Et même si je suis très content pour mes investissements dans Apple qui sont bénéfiques (et pour lequel j’aimerais bien qu’Apple se détache un peu de ses réserves sous forme de dividendes), je ne peux faire autrement, en tant qu’être humain, me désoler de voir l’aveuglement que peut provoquer le marketing.

Après la sortie de l’iPhone 5, dernier téléphone conçu par Steve Jobs qui selon les rumeurs aurait préféré se concentrer sur ce modèle en lieu et place du 4S, qu’il savait insignifiant, il est clair que je réfléchirai sur le sort de mes actions à la pomme… Sans doute comme beaucoup de financiers.

Un million de pré-commandes, un succès? Vraiment?


Un million d’iPhone 4S précommandé en un jour. Le chiffre brut est imposant, un véritable record, face à la concurrence, Apple n’a pas de quoi rougir. Une augmentation par rapport à l’iPhone 4 (600’000 précommandes le premier jour) de près de 170% et de 500% face à celle de l’iPhone 3GS (chiffre incertain entre 150’000 et 200’000, j’ai pris le plus haut par sécurité).

Cependant, en réfléchissant un peu plus que de se baser simplement sur les communiqués de presse d’Apple, on peut considérer ceci comme un succès en demi-teinte. Et comme je vois d’ici certains passionnés s’apprêter à me sauter à la gorge, il y a donc intérêt que je m’explique un peu.

Dans le cadre d’une analyse financière, un de mes amis, véritable aficionados de la marque à la pomme (il a même une exclusivité ramenée des Etats-Unis : une cravate noire avec la pomme en blanc dessus !) m’a challengé sur ce succès annoncé. Nous nous sommes donc mis au travail pour étayer, selon lui, la preuve du succès d’Apple et surtout, regarder d’un œil le plus objectif possible la situation. Avec lui et moi aux deux opposés de la force (nous ne dirons pas qui est du côté obscur ou de la lumière) il était certain que le duel s’annoncerai scruté jusqu’à la dernière virgule.

Un peu d’histoire…

En 2009, le marché du Smartphone est en pleine explosion, grâce à Apple et à sa vraie révolution qu’était l’apparition de l’iPhone. Les téléphones intelligents se vendent comme des petits pains et on voit encore mal comment le roi sera détrôné. Il suffit qu’Apple souffle pour que la planète change son sens de rotation. Tous les ans, à l’été, Apple sort son nouveau modèle phare, engendrant un engouement aidé par un admirable marketing. Le marché des smartphones explose, avec Apple à sa tête. Ceci malgré une inattendue conquête d’Android, qui reçoit un accueil plus chaleureux que prévu et une progression vertigineuse (encore plus si on considère la présence d’un concurrent installé et reconnu en première place).

Ainsi donc, ce nouvel iPhone se faisait attendre. Certains instituts d’analyses prétendaient même un écroulement des ventes mondiales de Smartphone du début de l’été jusqu’à l’arrivée de ce nouveau modèle. Ecroulement qui ne s’est ni produit pour Apple, car bien que les chiffres précis soient encore inconnus, les ventes ne semblent pas vraiment avoir faiblie, ni pour les concurrents. Chez ces derniers, n’oublions pas les 3 millions de précommandes pour le Galaxy S2 de Samsung qui a battu aussi nombre de records.

Nous sommes donc à un moment T prometteur et critique pour Apple : Symbian n’existe presque plus, RIM s’écroule, WP7 peine à décoller (voire déjà en perte de vitesse) et Nokia n’a toujours pas présenté ses nouveaux modèles. Cela fait maintenant 16 mois que les adorateurs de la pomme attendent un nouveau modèle. Enfin Android, son principal challenger, n’a toujours pas présenté sa nouvelle plateforme Ice Cream que les analystes voient comme une vraie concurrence pour iOS, entre autre pour son réel et propre support des résolutions de type Retina, ainsi qu’à priori, une interface extrêmement épurée se rapprochant d’une expérience utilisateur d’iOS et enfin (ou surtout) le mélange du monde Tablettes, Télévision et Téléphones qui pourrait donner un immense coup d’accélérateur à Android, pour ne citer que ces avantages. Néanmoins, en son absence, tout était fait pour un succès conséquent d’Apple.

La sortie… et le coche loupé!

Le jour J arrive et l’annonce est effectuée. Sans s’étayer dessus, tout le monde est d’accord pour dire qu’elle ne convainc pas vraiment, même si  personne ne doute sur la capacité du géant de Cupertino de largement balayer cette problématique par un bon coup marketing. Le jour suivant (avant le décès de Steve Jobs) Apple annonce 1 million de pré-commande. Succès ?

Et bien en réalité… non ! Ce chiffre n’est pas le succès annoncé. Tout simplement car si on prend l’augmentation des différents modèles, le chiffre aurait du être au minimum de 1.2 millions, en se basant sur la progression des ventes, ou de 1.8 millions, en se basant sur l’augmentation des précommandes. De plus à l’époque, toutes les fonctionnalités importantes d’iOS 4 étaient intégrées à l’existant 3GS. Là, Siri qui est le cheval de bataille d’iOS 5 ne sera pas intégré à son prédécesseur (et on ne parle même pas du 3GS qui reste un téléphone encore très présent), ce qui aurait du pousser à la hausse le passage à l’iPhone 4S.

En définitive, c’est plus la reprise par des millions de journaux de ce « succès avec un million de réservation » qui est la plus grande réussite d’Apple, que réellement le nombre de précommandes…

En toute relativité face au succès d’Apple…

Et pour conclure, il faut bien entendu relativiser : Apple est loin d’être mort, il se battra avec un acharnement sans limite et sera là encore longtemps. Cependant, avec la mort de son fondateur, le visionnaire et génial Steve Jobs, il n’est pas sûr que l’équipe en place puisse persévérer encore longtemps dans les succès. Lors de son premier « départ » d’Apple, la majorité de l’équipe était restée et cela n’avait pas du tout assuré le succès de la marque à la pomme, qui pourtant ne se portait pas si mal pour l’époque… Toutefois, la différence est que cette fois, il a eu le temps (et la motivation) à préparer son départ, tristement prévisible, et qu’il n’y aura donc pas une rupture aussi nette d’avec le passé.

Quelques tableaux sur lesquels les calculs ont été effectués:

Modèle

iPhone 3

iPhone 3GS

iPhone 4

iPhone 4S

   
Sortie (mois/année)

07.2008

06.2009

06.2010

10.2011

10.2011  (est)

   
Mois par rapport au précédent  

11

12

16

16

   
Ventes avant sortie du modèle

17’377’000

42’482’000

89’974’000

128’964’000

150’994’000

   
Augmentation ventes  

59.10%

52.78%

30.23%

40.41%

   
Précommandes 1er jour  

200’000

600’000

1’000’000

1’000’000

   
Augmentations précommandes    

300.00%

166.67%

166.67%

   
Prop. Vente/Précommandes  

0.47%

0.67%

0.78%

0.66%

   
               

Real Year

[Jan-Mar]

[Apr-Jun]

[Jul-Sep]

[Oct-Dec]

Total sold

Cumul. Sold

New Prod.

2007

 

270’000

1’119’000

2’315’000

3’704’000

3’704’000

 

2008

1’703’000

717’000

6’890’000

4’363’000

13’673’000

17’377’000

6’126’008

2009

3’793’000

5’208’000

7’367’000

8’737’000

25’105’000

42’482’000

22’676’009

2010

8’752’000

8’398’000

14’102’000

16’240’000

47’492’000

89’974’000

42’257’010

2011

18’650’000

20’340’000

   

38’990’000

128’964’000

86’484’011

2011 est.

18’650’000

20’340’000

22’030’000

 

61’020’000

150’994’000

100’010’000

 

Q1

Q2

Q3

Q4

128’964’000

 

 

Sources: Gartner, Wikipedia, Apple, Reuters et Bloomberg.

Google+, (presque) une réussite totale?


Peut-être vais-je m’avancer un peu trop rapidement, mais il semblerait que cette fois, Google soit sur la voie de réussir là où ses deux dernières tentatives, Google Buzz et Wave, avaient échoué.

Son service Google+ reçoit de très nombreuses critiques positives. Il est vu comme simple et confidentiel, permettant (enfin) un partage clair entre sa famille, ses différents amis ou son réseau de personnes plus ou moins lointaines. Il offre des possibilités de partage très poussées, un côté sécurisé étonnant et la possibilité de rester anonyme. Un peu l’anti-monde de l’image de Google, même s’il faudrait être naïf pour ne pas en percevoir les intérêts « commerciaux », et tout ce que le géant de Mountain View pourra en tirer comme informations personnelles sur ses utilisateurs.

Malgré tout, j’espère qu’il fonctionnera et qu’il aura suffisamment de succès pour détrôner Facebook, le monstre tentaculaire. Si ce dernier a, en effet, comblé un manque dans les réseaux sociaux, je n’ai pour lui aucune admiration, encore moins pour son directeur, Mark Zuckerberg, qui n’a rien d’un visionnaire ou d’un créateur. Il suffit pour s’en rendre compte de l’écouter lors de ses différentes interventions qui, à chaque fois, me font froid dans le dos. Google ne cache pas ses ambitions commerciales, mais a conservé un esprit un peu plus ouvert (Android en est un bon exemple).

Un dernier point qui risque de donner un coup de pouce à Google+ est  qu’il est l’heure pour certains enfants de l’ère Facebook, Zinga pour ne pas le nommer, le créateur des Farmvilles et d’autres jeux du style, de se mettre en bourse et de voler de leurs propres ailes. Une autre plateforme où développer leurs applications, comme celle que présente Google, et pérenniser l’argent des investisseurs va être plus que la bienvenue.

Car ces applicatifs, ou plutôt ces petits jeux, sont ce qui a fait le succès de Facebook face à MySpace, autant que du PC face au Mac, et ce sont eux qui décideront du leadership entre Facebook et Google+. Il semblerait que Google l’a bien compris et il ne m’étonnerait pas que les rumeurs, comme quoi certains gros développeurs Facebook aient été déjà contactés, s’avèrent justes et justifiées.

Pour terminer sur une anecdote, voici le lien sur un article (en anglais) très intéressant sur un effet de bord de l’ouverture qu’offre Google+ face à Facebook: https://cpj.org/internet/2011/07/google-for-journalists-at-risk.php

Nokia N9 – Une pépite jetée à la mer…


Nokia N9 UI

Interface utilisateur Meego N9

Le Nokia N9 sort. Un beau téléphone, un design aguichant, des caractéristiques qui tiennent la route.

Son système d’exploitation, qui vient d’un vieil accord entre Intel et Nokia, représente une des voies qui aurait du être l’avenir de Nokia: Meego. Malheureusement il n’en sera point le cas puisque notre ami finlandais a décidé de pactiser avec Microsoft, joignant sa survie au succès (ou non) de Windows Phone 7.

Mais revenons à ce Nokia N9, quelque chose me chagrine, je dirais même plus, trois choses m’ennuient et me font dire que ce téléphone n’aura pas le succès qu’il aurait mérité:

  1. Il n’y aura certainement pas un support assidu de Nokia. En cause, leur départ sous WP de leur gamme de Smartphones.
  2. Ils arrivent un peu après la bataille avec un téléphone qui n’est ni dépassé, mais qui ne transcende rien. Pas suffisamment pour qu’il fasse du bruit, avec les deux exceptions que c’est le premier téléphone sous Meego et un Nokia, ce qui reste toujours un petit évènement. Cependant, plus assez pour faire le buzz…
  3. Dommage qu’il soit sur Meego, une plateforme prometteuse mais solitaire, avec un nombre d’application dont les problèmes de Blackberry et Windows Phone prouvent l’importance.

En gros, comme le dit mon titre, une petite pépite jetée à la mer.

Et pour terminer, ses caractéristiques:

  • OS MeeGo 1.2 Harmattan,
  • Quadribande GSM / EDGE 850, 900, 1800, 1900,
  • Pentabande WCDMA 850, 900, 1900, 1700, 2100,
  • Vitesse: HSDPA Cat.10 (14,4Mbps), HSUPA Cat.6 (5,76Mbps),
  • Processeur OMAP3630 à 1Ghz, GPU PowerVR SGX30,
  • 1Go de RAM, 16Go / 64Go mémoire interne,
  • Ecran tactile AMOLED 3.9″ WVGA (résolution 854×480),
  • APN 8Mp (optique Carl Zeiss, double flash LED),
  • Enregistrement vidéo en HD 720p, Camera Visio,
  • Lecteur multimédia, GPS, Son Dolby,
  • Bluetooth 2.1, WiFi 802.11 a/b/g/n, NFC,
  • Prise jack 3.5mm, port micro USB,
  • Batterie 1450mAh (autonomie 11h en conversation, 380h en veille),
  • Couleurs: Black, Magenta, Cyan,
  • Dimensions: 116,45×61,2×7,6-12,1mm, poids: 135g,
  • Prix: 599$.

Triste quand même…

Google bat Apple sur son terrain…


S’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître à Apple, c’est l’unité de leur gamme de produits iPod, iPhone, iPad et « iMac ». Ils maitrisent tout: du matériel au système d’exploitation. A cela pourraient s’ajouter les applications, dans un certain sens, grâce à leur contrôle sur l’AppStore. Cette identité propre fait leur force: une ergonomie remarquable, une interface similaire entre les applications et un look & feel unique.

Pourtant, Google a dévoilé une fonctionnalité que j’attendais en primeur chez Apple.

Google Ice Cream

De son petit nom, il représente l’unification parfaite de tout ce qu’Android peut, ou pourra, gérer. Soit les plateformes:

  • Smartphone;
  • Tablette;
  • Télévision;
  • Baladeur numérique;
  • Appareils possédant une part informatique (chaîne hifi, électroménager, domotique…).

Car ce que vient d’annoncer Google, à sa Google I/O n’est rien d’autre qu’une déclinaison d’une seule et même version d’Android sur toutes ces plateformes, ou du moins, la possibilité de les faire interagir ensemble. Cette idée offre des possibilités infinies, un attrait considérable pour les développeurs et une bonne vision du futur de la technologie.

Je n’aborderai pas ici l’effet de bord, particulièrement inquiétant, de la mine d’informations que cela offrira à Google. Les utilisateurs dévoileront leurs goûts et couleurs, ce qu’ils possèdent, le contenu de leur frigo ou ce qu’ils écoutent: un Big Brother confortable, bien plus insidieux et dangereux que celui de George Orwell.

Cependant, cela reste de la projection d’avenir. Pour le moment, Android a réussi son pari seulement sur Smartphone. Honeycomb est peut-être une réussite technologique mais reste confiné à une part de marché encore marginale face à Apple et à sa, désormais, famille iPad. Google TV n’a pas encore réussi à percer, même si plusieurs fabricants s’apprêtent à sortir des télévisions incorporant nativement ce standard. Alors de la domotique et des appareils électroménagers interagissant avec Android, on en est encore loin.

Mais Apple dans tout ça?

Je ne me fais pas trop de soucis. A court terme, ils sauront rebondir. Le mieux qui pourrait leur arriver serait une véritable intégration, grâce à iOS 5 et Mac OS X:

  • Echange de fichiers par simple contact (par du NFC par exemple) entre deux appareils de la famille Apple.
  • Des facilités comme l’utilisation d’un iPhone pour s’identifier sur son Mac.
  • De la même façon que l’a implémenté WebOS, un transfert facilité d’une page Web (ou tout autre élément affichable) d’un appareil sur un autre.

Ainsi que beaucoup d’autres fonctionnalités que seul un fabricant comme Apple, avec ce contrôle sur toute la chaine, pourrait implémenter. Mais j’ai une crainte qui vient ternir ce beau tableau, celle que ces possibilités soient bridées. Trop bridées.

Apple réussit dans un business model qui repose sur ce contrôle à outrance et le passage obligé par ses outils maison (AppStore et iTunes pour ne citer que ces deux). Cela a d’énormes avantages. Mais à contrario, trop de libertés pour échanger des fichiers, applications ou autres informations entre leurs appareils pourraient ouvrir une faille. Non pas de sécurité, mais financière, à défaut de parler de philosophie d’entreprise. Pour ne citer qu’un exemple, je prendrais un fichier provenant d’un Mac qui pourrait être un applicatif ne provenant pas de l’AppStore d’Apple, avec une perte de revenu et le risque de piratage aggravé.

Pourtant, on le sait de façon empirique, ce genre de maux sont parfois nécessaires…

Ainsi, Apple n’aurait rien appris de Sony?

Comme Apple aujourd’hui, Sony a eu son heure de gloire. A une époque, il était difficile d’imaginer le monde du divertissement (Télévisions, Console Playstation, Chaines hifi, Balladeurs…) sans eux.

Alors, comment ont-ils pu chuter? Une réponse en deux mots:  monde fermé. Sony, c’était des standards utilisés presque que par eux, un acharnement à vouloir imposer leurs normes, une interaction qu’entre appareils de la marque… La marque nippone a démontré que le critère de réussite dans cette voie était d’être leader, et de posséder un quasi-monopole sur son marché. Ils se sont écroulés le jour où des standards ouverts ont pris la première position sur leurs propres platebandes.

Apple possède cette situation de leader dans le monde du baladeur numérique, mais il ne l’a jamais eu dans le monde informatique et vient de le perdre dans celui du Smartphone. Si Steve Jobs n’accepte pas cette réalité, il risque bien d’entrainer Apple sur une voie sans issue ou dans un marché de niche. Mais contrairement au Mac qui pouvait survivre ainsi, ce marché de niche pourrait bien être le ver de trop dans la pomme.