Trop de ferveur rend aveugle… Tant mieux pour Apple!


La ferveur autour d’Apple ne va-t-elle pas tuer Apple?

Quand on parle à une grande partie des utilisateurs fidèles de la maque à la pomme, on est témoin d’une véritable frénésie, les compliments ne manquent pas. A tord ou à raison, et jusqu’à aujourd’hui, nous pourrions plutôt dire à raison: un produit bien fabriqué, design, dont les qualités ne manquaient pas et qui, dans un certain sens, réussissait à chacun de ses changements de tenue, à révolutionner un peu le milieu technologique.

Mais est-ce que cet engouement qui, comme tout effet d’adoration, a tendance à occulter la réalité, n’aura pas à terme tendance à tirer Apple vers le bas? Est-ce qu’à force de pouvoir compter sur une base captive et parfois un peu naïve, le géant de Cupertino ne va pas s’endormir sur ses lauriers? Car l’iPhone 4S m’en donne un désagréable arrière-goût…

L’iPhone 4S, un coup de bluff dissimulé dans un gant en pelures de pomme…

L’iPhone 4S, un modèle qui se met à jour face à la concurrence (processeur, capteur photo, etc.) mais qui ne transcende absolument pas ce qui existe. Technologiquement du moins. On lui a bien adjoint une nouvelle version de son système d’exploitation, iOS 5, mais qui lui aussi, n’apporte pas grand-chose, ou pire, qui pour la majorité de ses nouveautés, est un simple rattrapage des concurrents existants (d’Android à Blackberry en passant par Windows Phone).

Il fallait donc bien trouver un moyen de convaincre la masse d’acquérir ce nouveau modèle, le rendre indispensable. Surtout quand on considère qu’encore une semaine avant la sortie du modèle 4S, les technofiles passionnés d’Apple, prétendaient encore que leur iPhone 4 était plus rapide que les téléphones double-cœur sous Android. Heureusement que la bêtise ne tue pas…

Mais alors comment le faire vendre?

La raison de son succès? Selon un sondage de ZDNet & Cie, dont il est dit qu’un de ses principaux bienfaiteurs ne serait rien d’autres qu’une petite pomme et qui expliquerait bien l’orientation de leurs articles, la majorité des gens l’achètent pour… Siri! LA nouveauté de l’iOS 5, disponible en exclusivité sur l’iPhone 4S.

Une véritable insulte à n’importe quel informaticien doté d’un minimum d’intelligence et qui se demandera pourquoi un service, dont le traitement se fait dans le Cloud, chez Apple, a besoin de la puissance d’un processeur double-core. Processeur qui se trouve aussi dans l’iPad mais qu’Apple a dépourvu de Siri! Enfin jusqu’à ce qu’ils aient vendus suffisamment d’iPhone 4S pour porter Siri sur leurs autres plateformes… et prétendre à une nouvelle révolution!

Siri, le meilleur investissement d’Apple en 2010!

Un système de reconnaissance vocale qu’Apple n’a même pas développé mais racheté à coup de millions, précipitamment quand ils ont appris que cette application, qui commençait à faire parler d’elle, allait se décliner en version Blackberry et Android. Mais Siri ne reste qu’un gadget qui fera fureur dans les soirées bobo où on cherchera à faire rire l’assemblée en lui posant les questions les plus saugrenues, mais que personne n’osera utiliser dans la rue, soit par le bruit ambiant qui empêchera une utilisation correcte, soit par confidentialité.

Eh bien, malgré cette véritable arnaque, appelée plus poliment un « argument marketing », Apple a réussit à vendre quatre millions d’iPhone 4S en quelques jours. Bien que ce chiffre ne m’impressionne guère, voire que je trouve faible au vu de l’augmentation des ventes globales d’iProduits et surtout, le nombre de pré-iPhone 4 encore en circulation.

A ce stade, on pourrait se demander pourquoi, mais oh grand Dieu pourquoi, est-ce qu’Apple devrait se remuer les méninges à sortir un produit plus performant alors qu’avec une simple présentation (ridicule face à celles de Steve Jobs par ailleurs), les ventes ne s’en sortent pas si mal?

En gros…

Quand une entreprise en est à ce stade, je trouve que cela donne un peu une impression de déclin (il y a tant d’exemples dans le milieu technologique qui ont eu le même parcours). Et même si je suis très content pour mes investissements dans Apple qui sont bénéfiques (et pour lequel j’aimerais bien qu’Apple se détache un peu de ses réserves sous forme de dividendes), je ne peux faire autrement, en tant qu’être humain, me désoler de voir l’aveuglement que peut provoquer le marketing.

Après la sortie de l’iPhone 5, dernier téléphone conçu par Steve Jobs qui selon les rumeurs aurait préféré se concentrer sur ce modèle en lieu et place du 4S, qu’il savait insignifiant, il est clair que je réfléchirai sur le sort de mes actions à la pomme… Sans doute comme beaucoup de financiers.

Un million de pré-commandes, un succès? Vraiment?


Un million d’iPhone 4S précommandé en un jour. Le chiffre brut est imposant, un véritable record, face à la concurrence, Apple n’a pas de quoi rougir. Une augmentation par rapport à l’iPhone 4 (600’000 précommandes le premier jour) de près de 170% et de 500% face à celle de l’iPhone 3GS (chiffre incertain entre 150’000 et 200’000, j’ai pris le plus haut par sécurité).

Cependant, en réfléchissant un peu plus que de se baser simplement sur les communiqués de presse d’Apple, on peut considérer ceci comme un succès en demi-teinte. Et comme je vois d’ici certains passionnés s’apprêter à me sauter à la gorge, il y a donc intérêt que je m’explique un peu.

Dans le cadre d’une analyse financière, un de mes amis, véritable aficionados de la marque à la pomme (il a même une exclusivité ramenée des Etats-Unis : une cravate noire avec la pomme en blanc dessus !) m’a challengé sur ce succès annoncé. Nous nous sommes donc mis au travail pour étayer, selon lui, la preuve du succès d’Apple et surtout, regarder d’un œil le plus objectif possible la situation. Avec lui et moi aux deux opposés de la force (nous ne dirons pas qui est du côté obscur ou de la lumière) il était certain que le duel s’annoncerai scruté jusqu’à la dernière virgule.

Un peu d’histoire…

En 2009, le marché du Smartphone est en pleine explosion, grâce à Apple et à sa vraie révolution qu’était l’apparition de l’iPhone. Les téléphones intelligents se vendent comme des petits pains et on voit encore mal comment le roi sera détrôné. Il suffit qu’Apple souffle pour que la planète change son sens de rotation. Tous les ans, à l’été, Apple sort son nouveau modèle phare, engendrant un engouement aidé par un admirable marketing. Le marché des smartphones explose, avec Apple à sa tête. Ceci malgré une inattendue conquête d’Android, qui reçoit un accueil plus chaleureux que prévu et une progression vertigineuse (encore plus si on considère la présence d’un concurrent installé et reconnu en première place).

Ainsi donc, ce nouvel iPhone se faisait attendre. Certains instituts d’analyses prétendaient même un écroulement des ventes mondiales de Smartphone du début de l’été jusqu’à l’arrivée de ce nouveau modèle. Ecroulement qui ne s’est ni produit pour Apple, car bien que les chiffres précis soient encore inconnus, les ventes ne semblent pas vraiment avoir faiblie, ni pour les concurrents. Chez ces derniers, n’oublions pas les 3 millions de précommandes pour le Galaxy S2 de Samsung qui a battu aussi nombre de records.

Nous sommes donc à un moment T prometteur et critique pour Apple : Symbian n’existe presque plus, RIM s’écroule, WP7 peine à décoller (voire déjà en perte de vitesse) et Nokia n’a toujours pas présenté ses nouveaux modèles. Cela fait maintenant 16 mois que les adorateurs de la pomme attendent un nouveau modèle. Enfin Android, son principal challenger, n’a toujours pas présenté sa nouvelle plateforme Ice Cream que les analystes voient comme une vraie concurrence pour iOS, entre autre pour son réel et propre support des résolutions de type Retina, ainsi qu’à priori, une interface extrêmement épurée se rapprochant d’une expérience utilisateur d’iOS et enfin (ou surtout) le mélange du monde Tablettes, Télévision et Téléphones qui pourrait donner un immense coup d’accélérateur à Android, pour ne citer que ces avantages. Néanmoins, en son absence, tout était fait pour un succès conséquent d’Apple.

La sortie… et le coche loupé!

Le jour J arrive et l’annonce est effectuée. Sans s’étayer dessus, tout le monde est d’accord pour dire qu’elle ne convainc pas vraiment, même si  personne ne doute sur la capacité du géant de Cupertino de largement balayer cette problématique par un bon coup marketing. Le jour suivant (avant le décès de Steve Jobs) Apple annonce 1 million de pré-commande. Succès ?

Et bien en réalité… non ! Ce chiffre n’est pas le succès annoncé. Tout simplement car si on prend l’augmentation des différents modèles, le chiffre aurait du être au minimum de 1.2 millions, en se basant sur la progression des ventes, ou de 1.8 millions, en se basant sur l’augmentation des précommandes. De plus à l’époque, toutes les fonctionnalités importantes d’iOS 4 étaient intégrées à l’existant 3GS. Là, Siri qui est le cheval de bataille d’iOS 5 ne sera pas intégré à son prédécesseur (et on ne parle même pas du 3GS qui reste un téléphone encore très présent), ce qui aurait du pousser à la hausse le passage à l’iPhone 4S.

En définitive, c’est plus la reprise par des millions de journaux de ce « succès avec un million de réservation » qui est la plus grande réussite d’Apple, que réellement le nombre de précommandes…

En toute relativité face au succès d’Apple…

Et pour conclure, il faut bien entendu relativiser : Apple est loin d’être mort, il se battra avec un acharnement sans limite et sera là encore longtemps. Cependant, avec la mort de son fondateur, le visionnaire et génial Steve Jobs, il n’est pas sûr que l’équipe en place puisse persévérer encore longtemps dans les succès. Lors de son premier « départ » d’Apple, la majorité de l’équipe était restée et cela n’avait pas du tout assuré le succès de la marque à la pomme, qui pourtant ne se portait pas si mal pour l’époque… Toutefois, la différence est que cette fois, il a eu le temps (et la motivation) à préparer son départ, tristement prévisible, et qu’il n’y aura donc pas une rupture aussi nette d’avec le passé.

Quelques tableaux sur lesquels les calculs ont été effectués:

Modèle

iPhone 3

iPhone 3GS

iPhone 4

iPhone 4S

   
Sortie (mois/année)

07.2008

06.2009

06.2010

10.2011

10.2011  (est)

   
Mois par rapport au précédent  

11

12

16

16

   
Ventes avant sortie du modèle

17’377’000

42’482’000

89’974’000

128’964’000

150’994’000

   
Augmentation ventes  

59.10%

52.78%

30.23%

40.41%

   
Précommandes 1er jour  

200’000

600’000

1’000’000

1’000’000

   
Augmentations précommandes    

300.00%

166.67%

166.67%

   
Prop. Vente/Précommandes  

0.47%

0.67%

0.78%

0.66%

   
               

Real Year

[Jan-Mar]

[Apr-Jun]

[Jul-Sep]

[Oct-Dec]

Total sold

Cumul. Sold

New Prod.

2007

 

270’000

1’119’000

2’315’000

3’704’000

3’704’000

 

2008

1’703’000

717’000

6’890’000

4’363’000

13’673’000

17’377’000

6’126’008

2009

3’793’000

5’208’000

7’367’000

8’737’000

25’105’000

42’482’000

22’676’009

2010

8’752’000

8’398’000

14’102’000

16’240’000

47’492’000

89’974’000

42’257’010

2011

18’650’000

20’340’000

   

38’990’000

128’964’000

86’484’011

2011 est.

18’650’000

20’340’000

22’030’000

 

61’020’000

150’994’000

100’010’000

 

Q1

Q2

Q3

Q4

128’964’000

 

 

Sources: Gartner, Wikipedia, Apple, Reuters et Bloomberg.

Google bat Apple sur son terrain…


S’il y a bien une chose qu’il faut reconnaître à Apple, c’est l’unité de leur gamme de produits iPod, iPhone, iPad et « iMac ». Ils maitrisent tout: du matériel au système d’exploitation. A cela pourraient s’ajouter les applications, dans un certain sens, grâce à leur contrôle sur l’AppStore. Cette identité propre fait leur force: une ergonomie remarquable, une interface similaire entre les applications et un look & feel unique.

Pourtant, Google a dévoilé une fonctionnalité que j’attendais en primeur chez Apple.

Google Ice Cream

De son petit nom, il représente l’unification parfaite de tout ce qu’Android peut, ou pourra, gérer. Soit les plateformes:

  • Smartphone;
  • Tablette;
  • Télévision;
  • Baladeur numérique;
  • Appareils possédant une part informatique (chaîne hifi, électroménager, domotique…).

Car ce que vient d’annoncer Google, à sa Google I/O n’est rien d’autre qu’une déclinaison d’une seule et même version d’Android sur toutes ces plateformes, ou du moins, la possibilité de les faire interagir ensemble. Cette idée offre des possibilités infinies, un attrait considérable pour les développeurs et une bonne vision du futur de la technologie.

Je n’aborderai pas ici l’effet de bord, particulièrement inquiétant, de la mine d’informations que cela offrira à Google. Les utilisateurs dévoileront leurs goûts et couleurs, ce qu’ils possèdent, le contenu de leur frigo ou ce qu’ils écoutent: un Big Brother confortable, bien plus insidieux et dangereux que celui de George Orwell.

Cependant, cela reste de la projection d’avenir. Pour le moment, Android a réussi son pari seulement sur Smartphone. Honeycomb est peut-être une réussite technologique mais reste confiné à une part de marché encore marginale face à Apple et à sa, désormais, famille iPad. Google TV n’a pas encore réussi à percer, même si plusieurs fabricants s’apprêtent à sortir des télévisions incorporant nativement ce standard. Alors de la domotique et des appareils électroménagers interagissant avec Android, on en est encore loin.

Mais Apple dans tout ça?

Je ne me fais pas trop de soucis. A court terme, ils sauront rebondir. Le mieux qui pourrait leur arriver serait une véritable intégration, grâce à iOS 5 et Mac OS X:

  • Echange de fichiers par simple contact (par du NFC par exemple) entre deux appareils de la famille Apple.
  • Des facilités comme l’utilisation d’un iPhone pour s’identifier sur son Mac.
  • De la même façon que l’a implémenté WebOS, un transfert facilité d’une page Web (ou tout autre élément affichable) d’un appareil sur un autre.

Ainsi que beaucoup d’autres fonctionnalités que seul un fabricant comme Apple, avec ce contrôle sur toute la chaine, pourrait implémenter. Mais j’ai une crainte qui vient ternir ce beau tableau, celle que ces possibilités soient bridées. Trop bridées.

Apple réussit dans un business model qui repose sur ce contrôle à outrance et le passage obligé par ses outils maison (AppStore et iTunes pour ne citer que ces deux). Cela a d’énormes avantages. Mais à contrario, trop de libertés pour échanger des fichiers, applications ou autres informations entre leurs appareils pourraient ouvrir une faille. Non pas de sécurité, mais financière, à défaut de parler de philosophie d’entreprise. Pour ne citer qu’un exemple, je prendrais un fichier provenant d’un Mac qui pourrait être un applicatif ne provenant pas de l’AppStore d’Apple, avec une perte de revenu et le risque de piratage aggravé.

Pourtant, on le sait de façon empirique, ce genre de maux sont parfois nécessaires…

Ainsi, Apple n’aurait rien appris de Sony?

Comme Apple aujourd’hui, Sony a eu son heure de gloire. A une époque, il était difficile d’imaginer le monde du divertissement (Télévisions, Console Playstation, Chaines hifi, Balladeurs…) sans eux.

Alors, comment ont-ils pu chuter? Une réponse en deux mots:  monde fermé. Sony, c’était des standards utilisés presque que par eux, un acharnement à vouloir imposer leurs normes, une interaction qu’entre appareils de la marque… La marque nippone a démontré que le critère de réussite dans cette voie était d’être leader, et de posséder un quasi-monopole sur son marché. Ils se sont écroulés le jour où des standards ouverts ont pris la première position sur leurs propres platebandes.

Apple possède cette situation de leader dans le monde du baladeur numérique, mais il ne l’a jamais eu dans le monde informatique et vient de le perdre dans celui du Smartphone. Si Steve Jobs n’accepte pas cette réalité, il risque bien d’entrainer Apple sur une voie sans issue ou dans un marché de niche. Mais contrairement au Mac qui pouvait survivre ainsi, ce marché de niche pourrait bien être le ver de trop dans la pomme.